Nous sommes dans l’enfance des chaussures minimalistes

La semaine dernière, un journaliste a écrit que la crise étudiante amènerait le Québec  »à maturité ». Je ne veux absolument pas parler du conflit étudiant ici, mais ça m’a fait réfléchir sur la conception des chaussures. Certaines compagnies de chaussures font des minimalistes depuis un certain temps, mais la plupart d’entre-elles en font seulement depuis 2 à 3 ans seulement. Mon point de vue est que les chaussures minimalistes peuvent encore beaucoup s’améliorer dans leur design, leur performance et leur durabilité. Surtout, je m’interroge sur la pertinence de certaines caractéristiques proposées par les fans des chaussures minimalistes.

Le moins de structure possible dans l’empeigne

Pourquoi? Pourquoi l’empeigne de la chaussure devrait-elle être extrêmement flexible?  L’objectif de l’empeigne est de tenir le pied par-dessus la semelle, si  elle ne répond pas à son objectif, elle échoue sa mission. Je suis bien d’accord que le fit d’une chaussure devrait être  »anatomique » (mot utilisé à toutes les sauces), en ce sens que la forme de la chaussure devrait avoir à peu près celle d’un pied et non une forme symétrique. Voici un dessin de Brooks qui explique bien ce que je veux dire:

Last anatomique vs last traditionnel

La forme de chaussure traditionnelle (à droite) ne laisse pas le pied dans sa forme naturelle et comprime les orteils, alors que la forme de pied à gauche respecte la forme naturelle d’un pied. Je suis d’accord que la forme de gauche est plus confortable en général et je pense que c’est une amélioration que de donner cette forme à une chaussure. En plus, une telle forme laisse le pied prendre sa forme naturelle et on peut penser que ça peut peut-être prévenir les blessures. Par contre, je ne vois pas l’intérêt de créer une chaussure dont l’empeigne est extrêmement molle. Est-ce qu’une empeigne un peu rigide affaiblie le pied? J’en doute. Par contre, ce dont je suis persuadé, c’est qu’une empeigne molle peut mener à des ampoules et à un inconfort lors des virages, des entraînements sur piste et, à la limite, lors des entraînements sur le côté d’une roue assez cambrée. Ce dont je suis aussi persuadé, c’est qu’une empeigne trop molle donne un feeling instable à la chaussure.

Pas de renfort de talon

Ça semble être le nouveau  »trip ». J’ai 3 paires de chaussures minimalistes et aucune n’a un renfort en plastique dans le talon. Le tissu est un peu rigide à l’arrière, mais rien de plus. C’est bien pratique lorsqu’on veut mettre la chaussure dans une valise, ou qu’on essai de la rouler comme un escargot. Ça fait une belle pub, une chaussure roulée sur elle-même. Est-ce que ça aide à courir plus vite? Est-ce que ça aide à éviter les blessures? J’ai un énorme doute là-dessus. Quel est l’avantage de ne pas avoir de renfort de talon? Tout ce que je vois, c’est un inconvénient lorsqu’on effectue un virage serré.

Une cage à orteil large

Oui, c’est probablement préférable que la cage à orteil soit assez large. Par contre, ce n’est par contre pas un avantage d’avoir une cage à orteil trop large. C’est quoi assez large selon moi? C’est assez large pour ne pas se sentir comprimé, même lorsque je mets tout mon poids sur un seul pied.

Les lacets ne doivent pas descendre bas

Ni la Clinique du Coureur, ni Pete Larson n’ont parlé des lacets. Pourtant, il semble que certains compagnies ont décidé que les lacets ne doivent pas descendre trop bas sur une chausure minimalistes. Sur deux de mes chaussures minimalistes, les lacets sont seulement positionnés jusqu’à environ la moitié du pied. Ça empêche d’ajuster le fit de l’avant-pied à son goût et à son propre pied. Ce sera à travailler dans les prochaines éditions de ces chaussures.

Et maintenant?

J’aime les chaussures minimalistes. Je sens que ma foulée est plus efficace avec ce type de chaussure. J’aime aussi les racers et je crois que les concepteurs de chaussures minimalistes devraient s’inspirer un peu plus des racers lorsqu’ils créent une nouvelle chaussure minimaliste. Voici ce qui serait une chaussure minimaliste idéale selon moi:

description de la chaussure minimaliste parfaite

En rouge, les zones que je solidifierais: les deux côtés de l’avant-pied et le talon. En bleu, la zone où j’installerais des lacets. La chaussure resterait assez légère, avec un drop minimal, flexible et près du sol. Par contre, je crois que les compagnies sont allées trop loin dans le  »non-support ». Je ne suis pas inquiet que bientôt, les chaussures minimalistes entreront dans l’adolescence et deviendront plus matures et mieux construites.

Encore une fois, j’aimerais avoir des statistiques ou des études, mais malheureusement, il faudra se contenter de mon opionion. Et vous, qu’en pensez-vous, avez-vous aussi rencontré ces problèmes?

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5 réponses à “Nous sommes dans l’enfance des chaussures minimalistes

  1. Blaise Dubois

    Bien dit!

    J’ai toujours de la peine à faire une différence claire entre les racers et les chaussures minimalistes. Pour moi ce sont les critères de la chaussure qui en font une chaussure « minimale » et non sont titre officielle.

    La souplesse de l’empeigne à l’avant pied a comme objectif de laisser le pied s’élargir à la mise en charge de l’avant pied (expansion observée en dynamique seulement). Le « pas de coupole calcanéenne » a comme objectif de laisser l’arrière pied faire sa pronation. Même si je suis défenseur de la simplicité je suis d’accord avec toi sur le fait que le deuxième point est secondaire comme critère minimaliste et que la stabilité de l’empeigne pour les coureurs n’est pas à délaisser.

    Blaise

    • Je suis bien d’accord avec toi qu’on devrait plutôt utiliser l’adjectif minimale pour décrire une chaussure plutôt que la catégorie  »minimaliste. Il me semble que la souplesse à l’avant-pied n’est pas nécessaire si la chaussure est assez large, non? En ce qui concerna la coupole, empêche-t-elle vraiment la pronation? Peut-être que tu peux m’éclairer là-dessus, mais j’en doute fort. Si elle n’empêche pas la pronation, aucune raison de ne pas en placer une, non?

      • Blaise Dubois

        Il me semble que la souplesse à l’avant-pied n’est pas nécessaire si la chaussure est assez large, non?
        R : oui.

        En ce qui concerne la coupole, empêche-t-elle vraiment la pronation? Peut-être que tu peux m’éclairer là-dessus, mais j’en doute fort.
        R : non. Les études sur l’ensemble des devis technologiques pour contrôler la pronation (densité interne augmentée, wedge du midsole, coupole calcanéum) ne contrôlent pas significativement la pronation, la rotation tibiale et l’alignement du genou.

        Si elle n’empêche pas la pronation, aucune raison de ne pas en placer une, non?
        R : effectivement… est-ce que la liberté de mouvement est la seule chose à considérer… les points de pression et l’influence neuro-proprioceptive associée est-elle à considérer dans les mécanismes biomécaniques secondaires… (?)

  2. Pingback: Kinvara 3 – la liberté | Course à pied.ca

  3. Excellent article et pour répondre moi je porte des Hattori de Saucony et je trouve que c’est cette paire qui reflète plus tes propos sur la sorte de chaussure idéale !!

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