Chi running, la fin justifie-t-elle les moyens?

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Je n’aime pas les gourous. Gourou selon Larousse:

Maître à penser, directeur de conscience.

J’ai acheté il y a quelques mois le livre Chi Running de Danny Dreyer. Je suis très content d’avoir acheté ce livre, maintenant, je sais que je ne l’aime pas. Je vais expliquer pourquoi plus loin. Ce livre m’a amené à me poser la question: est-ce mieux d’arriver à changer les comportements en écrivant des faussetés ou est-ce préférable d’être rigoureux d’un point de vue scientifique et d’obtenir moins de changement. En gros, la fin justifie-t-elle les moyens?

Je n’en suis pas sûre du tout.

Pourquoi ne suis-je pas d’accord avec le livre de M. Dreyer? Il nous explique comment on doit courir. Aucune autre façon de courir n’est acceptable selon le livre. Premièrement, je trouve cela dangereux. Particulièrement si un coureur n’est pas blessé, lui recommander de changer sa posture, l’alignement de ses genoux, sa foulée peut être dangereux. If it’s not broken, don’t fix it, dis le proverbe.

Deuxièmement, M. Dreyer n’apport aucune étude, aucun autre argument que des arguments de tai-chi et sa propre expérience. Pas de problème avec cela, mais si on ne se base pas sur des études, on ne peut pas prétendre détenir la vérité.

Troisièmement, certains arguments et certaines propositions me semblent farfelues:

1. The Discovery of Chi Running.

Comme si courir léger et avec une technique plus près de celle qu’on utilise lorsqu’on est enfant/pied-nu était une découverte. C’est un savoir datant de temps immémoriaux.

2. En parlant des enfants: « They’re enjoying the game of tag and having so much fun that there is very little actual work going on when they are running. And since very little effort  is involved in their movement, there is little chance for injury. 

Pas de travail? Au sens physique du terme, accélérer une masse, c’est un travail. Je sais pas pour vous, mais quand je jouais à la tag, je travaillais pas mal! Et est-ce que je suis le seul à avoir été essoufflé à jouer à la tag?!?

3. The most common theory says that the primary cause of running injuries is overtraining. I also belive this to be a myth. I believe the primary cause of injury is poor running form and poor biomechanics.

Effectivement très utile pour vendre un livre… mais peu rigoureux d’un point de vue scientifique. Je n’ai pas d’article en main, mais selon les conférences de Blaise Dubois de la clinique du coureur, 80% des blessures sont causées par une hausse trop rapide du volume/intensité de la course à pied. Le corps humain peut s’adapter à beaucoup de choses si on lui donne le temps de s’y adapter.

4.If there is an imperfection in your biomechanics, it will eventually show up as an ache or pain. 

Rien de moins certain, surtout si on y est habitué…

5. (attention, celui-ci est farfelue, il parle des Kenyans) Their legs are slender because they have such excellent running economy. They’re so efficient they don’t need big leg muscles.

Ok… alors les joueurs de basket grandissent parce qu’ils essayent d’aller toucher le panier? Allons, donc! Si on prend un enfant avec une génétique qui lui donne « des gros os », et qu’on lui donne la meilleure mécanique au monde, il ne va pas avoir des petites jambes, je vous le garanti.

6. With the ChiRunning technique, you won’t be pushing off with your toes.

ah non? Vous allez pousser avec quoi vous?

7. all you have to do is (lean and) pick up your feet

Essayez juste pour voir. Ne poussez pas avec votre jambe par terre essayez juste de lever vos pieds. Qu’arrive-t-il?

8. Il dit qu’il faut toujours garder la même cadence. Par contre, entre la  »troisième vitesse » et la « quatrième vitesse », on doit encore garder la même cadence… et la même longueur de foulée. Expliquez-moi comment on peut aller plus vite ?! Ce n’est pas grave en tant que tel, on comprend quand même, mais il me semble que ça manque de sérieux…

9. Il insiste pour que notre pied tombe directement sous le poids du corps. C’est impossible. Je sais que certains vont me dire qu’ils le font,  dans ce cas, j’aimerais voir une vidéo. C’est possible de tomber très près, mais tomber directement dessous, c’est impossible. En tout cas, Mutai et Mosop en sont incapables:

Et je pourrais continuer comme cela pendant 1 heure… et je suis seulement rendu à la page 125. Ce livre est rempli de faussetés scientifiques et d’illogisme, ce qui me ramène à la question du départ: S’il aide des coureurs à courir sans blessures, mais en l’expliquant de façon non-scientifique, est-ce bon?

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11 réponses à “Chi running, la fin justifie-t-elle les moyens?

  1. Je n’ai pas lu ce livre. Je crois qu’il est préférable que ce genre d’ouvrage soit écrit comme un témoignage (voila ce que je vis en tant que coureur), car même avec des preuves scientifiques nous nous rendons compte que les entraînements évoluent ainsi que le matériel. Dans les années 80 la révolution était de courir avec des semelles amortissantes. Les scientifiques n’en sont plus aussi certains de cela en 2011…

    Je suis préparateur mental mais pas préparateur physique. Quand un coureur me demande un plan d’entraînement je refuse car je n’en ai tout simplement pas les compétences. En revanche je peux évoquer mes entraînements basés sur le plaisir, mais en aucun cas je peux affirmer que c’est la bonne méthode, parce que ma façon de courir m’appartient.

    • Bonjour Stéphane, merci de ta réponse que je trouve pertinente. Si le livre était écrit comme un témoignage, je n’aurais rien à redire. Par contre, il me semble que si on veut offrir un ouvrage de référence, il y a des critères de qualité à respecter. En passant, je viens de jeter un coup d’oeil à ton site, ça a l’air intéressant ce que tu fais! Au plaisir de te lire!

      • Salut Daniel. Oui il est clair que pour un bouquin de référence il est préférable d’avoir… des références.
        Cela dit, cette discussion tombe à point nommé. Je suis en train d’écrire un livre (manuel) qui devrait être terminé en janvier et qui, je l’espère et travaille pour, sortira en 2012. Ton article me donne à réfléchir encore plus à ce que je voudrai vraiment pour ce livre.

        Merci pour mon site. Oui j’utilise la préparation mentale autant pour le sport,
        que pour l’entreprise et les particuliers. Me lancer un défi de course à pied au
        Québec et y animer des conférences me plairait drôlement ! Encore une réflexion supplémentaire !

  2. Blaise Dubois recommande également la cadence de 180 foulées par minute et je me demande aussi comment on peut la conserver à 12 km/h et à 18 km/h … Je n’ai toujours pas trouvé la réponse.

    • Salut Fred,
      La vitesse est directement relatif à 2 facteurs : cadence x longueur des pas.
      Si la cadence ne change que très peu durant un jogging à 6 minutes du km vs à 3 minutes du km pour les athlètes efficaces, la différence est automatiquement sur la longueur des pas (qui change de façon plus importante donc). J’ai assisté à une conférence de Jack Daniels aujourd’hui sur ce sujet… déjà en 1984 il constatait que les olympiens, hommes et femmes, de 1500m au marathon avaient des cadences presque similaires, autour de 180 pas par minute.
      Pour plus d’info http://www.therunningclinic.ca/blog/2011/06/cadence/

      • Salut Blaise, je sais qu’il y a plusieurs études sur le « plus de 180 pas par minute » chez des athlètes de haut niveau, mais est-ce qu’il y en a avec des coureurs récréatifs? Peut-être l’as tu déjà lu, mais Steve Magness a écrit un excellent post au sujet du 180. Je pense effectivement que en haut de 170, c’est mieux, mais comme il le dit, pour quelqu’un qui court à 7 minutes au kilo, ça donne des pas de 70 cm… c’est un peu court, non? Au final, je pense que ton conseil de suivre la cadence qu’on utilise naturellement pied-nu est excelllent. Par contre, selon le post de Steve, la fréquence de foulée augmenterait en fonction de la vitesse. Même conclusions du côté de Alex Hutchinson: http://sweatscience.com/cadence-in-elite-runners-increases-as-they-accelerate/

  3. A noter également que le « lever de pied » est recommandé par Jason Robillard dans son livre sur comment courir barefoot. Pas évident à maîtriser non plus …

  4. Salut Daniel,
    Même si je suis obligé d’être d’accord avec la très grande majorité de points, je te trouve un peu dur avec gourou Dany (il est bien sympathique). J’ai aussi de la peine avec la majorité des écoles de biomécanique qui sont enseignées à travers le monde, par leur position souvent rigide et leur cadre très défini. Par contre, d’avoir fait des work shop avec quelques-uns d’entre eux dont Dany (ChiRunning) et Dr Romanof (PoseTech), je trouve que la finalité de sa « méthode » Chi est celle qui se rapproche le plus de la course pied nu que je considère comme étant le gold standard (quand même 2 millions d’années de pratique :).

    Pour les points 6 à 9, je crois que ses points sont louables, mais mal expliqués.
    – Je crois personnellement aussi qu’il faut minimiser les phases de freinage en ayant une mise en charge le plus près du corps;
    – que la cadence change peu (pour une vitesse de course à objectif « économie énergétique ») et que c’est la longueur des pas qui change (mais qu’il ne faut pas enseigner d’allonger les pas parce que les coureurs overstride);
    – que la mécanique de course est un continuum de ‘chute-récupération’ plus que de tirer-pousser.
    Blaise

    • Blaise, comme tu dis, les points sont louables, mais mal expliqués. Par contre, il me semble que quand un livre est publié à si grande échelle, c’est quelque chose qui ne passe pas. Encore pire si c’est la 4e édition. Il me semble que ça donne le droit d’être dur… Par contre, je ne doute point que l’homme soit très sympathique (sa photo sur le livre le confirme) et que sa technique soit efficace. Je ne suis pas certain qu’on peut qualifier la course de chute-récupération. Je viens de faire une petite recherche et j’ai trouvé un vieil article de Larson :http://www.scienceofrunning.com/2010/08/why-we-land-in-front-of-our-center-of.html
      Il semblerait que même les pieds-nu et même les athlètes de haut niveau ont un contact avec le sol devant leur centre de masse. Est-ce que tu les qualifierais de chute-récupération ou de tirer-pousser?
      Daniel

  5. Pingback: Start List/Liste de Départ: Big Weekend « Montreal Endurance

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