96% des marathoniens attaquent du talon après 32 km

Comme vous le savez peut-être, un des blogs que je suis avec le plus d’intérêt est celui de Pete Larson: RunBlogger. M. Larson est à la base un professeur d’anatomie qui s’est mis à la course à pied un peu tard. Il vient tout juste de publier sa première étude sur la course à pied. Il a observé 936 coureurs de marathon et de demi marathon au 10e km et 286 coureurs au 32e km du marathon (les mêmes). L’objectif était de savoir si ils touchaient le sol avec leur talon, leur mi-pied ou leur plante de pied en premier. Voici les résultats:

Au 10km:

  • Talon: 87.8%
  • Midfoot 3.1%
  • Forefoot: 1.4%
  • Asymétrique: 7.7%

Assez impressionnant, non?

De ce 936 coureurs, ils en ont analysé 286 qui faisaient le marathon complet. Voici les pourcentages observés

Au 32km:

  • Talon 93%
  • Mi-pied: 3.5
  • Asymétrique:3.5%
Il n’y avait même plus 1 % de coureurs sur l’avant pied.
Pour certains, ces statistiques seront la preuve qu’on doit porter des chaussures coussinées. Pour d’autres, ces données prouveront que les chaussures coussinées sont à banir, car elles entraînent une mauvaise technique de course. Alors, quelles conclusions peut-on tirer de ces chiffres? Je ne sais pas vraiment. Tant qu’à moi, cette étude suscite beaucoup de questionnements.
  • Tous les coureurs portaient des chaussures. Seulement quelques-uns portaient des chaussures minimalistes. Est-ce que ceux qui portaient des chaussures minimalistes étaient plutôt sur la mi-pied? On ne le sait pas. On peut penser que oui, on peut penser que non. Bref, à vérifier!
  • 2 autres études avaient étudié la pose du pied dans un grand nombre de coureurs: Hasegawa et al. (2007) et Kerr et al. (1983). Les deux avaient observés un plus grand nombre de coureurs mi-pied que Larson. Par contre, leurs échantillons étaient constitués de coureurs beaucoup plus rapides. Ici Pete n’a pas trouvé de relation entre la vitesse d’un coureur et sa pose de pied. Il faut dire que son échantillon de coureurs mi-pied est relativement petit. Qu’est-ce que ça veut dire? Je pense que si on regarde les choses objectivement, on est amené à se poser une question: est-ce que les coureurs courent plus vite parce qu’ils courent mi-pied ou si ils courent mi-pied parce qu’ils courent plus vite? Le débat est lancé.
  • Puisqu’on observe moins d’attaque talon dans les échantillons de coureurs plus rapides, on doit aussi se demander si ils attaque plus de la mi-pied simplement parce qu’ils sont plus rapides ou si c’est parce qu’ils portent des racers. Belle question hein?
  • Une attaque talon était définie comme suit: la partie de la chaussure qui touche le sol en premier est situé dans le tiers arrière de la chaussure. Disons que ça laisse pas mal de marge de manœuvre. Probablement que plusieurs de ces attaques-talon font partie d’une technique de course adéquate.
  • Ce haut pourcentage d’attaque-talon peut sembler être un argument « prouvant » que la meilleure façon de courir pour les humains est d’attaquer du talon. Par contre, il faut être conscient que la vaste majorité des coureurs portaient de grosses chaussures coussinées. Pete ajoute que Nett (1964) avait aussi filmé des coureurs avant l’arrivée des chaussures coussinnées et avait observé que la majorité attaquaient mi-pied ou avec la plante du pied.
  • Finalement, certains coureurs sont passés de talon à mi-pied, mais l’inverse s’est aussi produit. Le corps changerait-il la façon de courir lorsqu’il est en fatigue extrême? Je pense que oui. En fait, je dirais qu’en état de fatigue extrême, la définition de « foulée de secours » serait: différente de la foulée normale.
  • Est-ce que la solution à l’attaque-talon est cette magnifique invention? 
Alors, comme je disais, cette étude ne répond pas à beaucoup de question, en suscite plusieurs, mais est néanmoins fort intéressante. Il y a présentement plusieurs études en cours dans le domaine de la chaussure de course à pied. Peut-être qu’à la lumière de ces nouvelles connaissances, nous serons en mesure d’interpréter ces données différemment.
Pour rester branché sur les dernières actualités en course à pied, suivez-nous sur FacebookTwitterDaily Mile ou Google +
Publicités

6 réponses à “96% des marathoniens attaquent du talon après 32 km

  1. Merci pour ce texte!

    Les chiffres de Larson vont à l’encontre des résultats de Hasegawa et al (2007) :

    « Rearfoot strike was observed in 74.9% of all analyzed runners »

    Ce qui est intéressant dans cette étude, et ce que Pete Larson semble omettre, c’est la distribution normale du type de pose de pied en fonction de la vitesse des coureurs.

    Hasegewa et al ont démontrés que plus on regarde les coureurs « rapides », plus on remarque une incidence de MFS élevée. Et vice versa. Comme tu le mentionnes :

    « The findings of this study indicate that foot strike patterns are related to running speed. »

    re: « Puisqu’on observe moins d’attaque talon dans les échantillons de coureurs plus rapides, on doit aussi se demander si ils attaque plus de la mi-pied simplement parce qu’ils sont plus rapides ou si c’est parce qu’ils portent des racers. »

    Hormis la pose du pied, Hasagewa et al soulèvent une autre question intéressante qui ne tient pas compte de la pose du pied et pour laquelle nous n’avons toujours pas de réponse : « A shorter contact time and a higher frequency of inversion at the foot contact might contribute to higher running economy. »

    Alors ce serait l’efficacité de la foulée et non la pose du pied qui pourrait servir de piste. Et des coureurs rapides, avec une foulée efficace et une pose du talon importante, c’est comme une licorne. Si jamais tu en vois, compte toi chanceux.

    • La différence entre l’étude de Pete et Hasegawa c’est le niveau des coureurs et le type de chaussures. Les 200 coureurs de l’étude d’Hasegawa courraient leur demi-marathon entre 1h01 et 1h10… en racers. Normal donc qu’on retrouve moins de rearfoot strikers… et ce qu’ils ne disent pas c’est que le type d’attaque talons était probablement aussi différent… probablement plus doux et « proprioceptif » (angulation de la flexion dorsale cheville plus petite)
      Blaise

      • Oui, je crois qu’on restera probablement longtemps dans le doute, car il devient très difficile de classifier les attaques-talons. Déjà, il est parfois difficile (Steve en parle dans son étude) de différencier une attaque talon d’une attaque mi-pied, alors imagine entre une attaque talon et une attaque talon proprioceptive… Il faudrait peut-être regarder plus haut vers le genou peut-être?

    • Je suis 100% d’accord avec “A shorter contact time and a higher frequency of inversion at the foot contact might contribute to higher running economy.”

      Par contre, je ne suis pas certain qu’il y ai distribution normale du type de pose de pied en fonction de la vitesse des coureurs. Pete ne note aucune relation entre la pose du pied et la vitesse du coureur. Ne penses-tu pas que les coureurs de Pete auraient les mêmes pourcentages d’attaque talon que ceux d’Hasegawa si ils avaient les mêmes chaussures ? Je ne sais pas, je pose la question, mais ça me semble intéressant.

  2. Jean-François Marchand

    Bonjour, j’ai personnellement changé ma mécanique de course suite à une conférence de Blaise. La transition a été sur quelques mois, soit une mécanique de talon à une mécanique mid-foot 176-182 pas/min, et d’un soulier coussiné Asic’s 2160 à un soulier Racer Brooks T6. Le résultat est qu’à 42 ans, j’ai battu tous mes PB cette année et pas juste un peu, environ 17 minutes sur marathon de 3:10 à 2:53. Mon opinion est qu’une attaque mid-foot accompagné d’un soulier plus type minimaliste ou racer améliorent les performances de façon naturel et inévitable. Aussi, lors d’un marathon, c’est tout un défi de concentration pour garder la mécanique mid-foot car pour moi, l’attaque talon veut revenir avec la fatigue. C’est tout une discipline à chaque km afin de s’assurer que notre mécanique est encore mid-foot, pas si facile que ça à faire mais drôlement payant sur les résultats. Maintenant, lorsque je me rend compte que je suis en attaque talon, c’est que ça va mal et que j’ai perdu plusieurs secondes/km. Pour toute personne voulant améliorer ses résultats, je suis d’avis que vos chances augmentent beaucoup en revoyant votre mécanique et votre type chaussure. Merci à l’auteur de ce blogue et à Blaise Dubois pour rendre disponique les informations sur la course, c’est très apprécié.

    • Wow, impressionnant comme résultats! Félicitations. La question que je me pose et que Steve Magness a soulevée est: est-ce que l’attaque talon qui survient en état de fatigue avancée ne serait pas un mécanisme que le corps utilise pour se ralentir et ainsi, ne pas aller au fonds de ses réserves énergétiques?

Laisse nous un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s